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 Veuillez trouver ci-dessous les textes dits par Jean Robelin lors de l'Hommage à André Tosel

 

André a beaucoup travaillé Spinoza, un des initiateurs de la critique des religions. Il y trouvait la définition de la religions comme dispositif d’obéissance, obstacle central au processus d’émancipation par la formation d’ bloc théologico-politique, une intrication de la religion et du pouvoir, source de fanatisme. Mais Il lisait aussi dans Spinoza le refus de croire que les lumières de la raison vont dissoudre les projections imaginatives des croyances. La question d’André , c’est de se demander pourquoi les religions sont increvables. Si elles renaissent sous les pas de leur critique, c’est qu’elles contiennent un noyau de vérité. Elles traduisent la place contradictoire des hommes dans la société et dans le monde. Elles donnent sens à une existence prise dans l’absurdité de la domination. Et c’est ce qui explique leur vitalité dans un capitalisme mondialisé qui entend subordonner toute la planète à l’absurdité d’une accumulation financière infinie.

La source de leur résistance, c’est qu’elles sont irréductibles à une logique d’asservissement ou à une imposture théorique. Les religions sont des phénomènes ambigus. Elles possèdent une capacité propre de subversion du bloc théologico-politique, de critique du pouvoir.

Nous avons vu au 20° siècle émerger nombre de religions officiellement laïques, des religions du pouvoir. Songez au slogan mussolinien : croire obéir combattre. C’est l’état qui devient un fait religieux. La laïcité au contraire nous dit André que je cite « exclut toutes les sacralisations des pouvoirs, y compris celle de la socialité initiale, y compris celle de la république, y compris celle de la laïcité même » . La laïcité ne saurait se réduire à une religion laïque, à une religion de la laïcité.

Dès lors la laïcité esse d’être une volonté d’anéantissement des religions, pour établir les conditions de leur transformation interne. Si on admet que le lien social n’est pas par soi religieux, mais qu’il se dit dans des symboliques religieuses, celles-ci seront travaillées par les antagonismes de la société et par les contradictions de l’action individuelle. Dès lors il y aura des formes de religion historiquement diverses, et aussi des formes de laïcité historiquement diverses, liées à des conjonctures différentes et qui souvent vont se mélanger dans des compromis instables, au risque de la laïcité même. A une laïcité de combat, qui entend séparer politique et religion, à une laïcité qui entend définir l’esprit civique, s’oppose une laïcité de collaboration et de débat, pensez à Aragon, celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas. Voici comment André décrit cette diversité : « La laïcité séparation pure et la laïcité foi civique, ont du prendre acte de l’émergence de la laïcité reconnaissance et de la laïcité de collaboration et de leurs conséquence éventuelle _ une auto-liquidation de la laïcité » D’où vient la difficulté ? C’est que les religions aujourd’hui se soustraient à la séparation du public et du privé : elles ne se laissent plus enfermer dans la sphère de la croyance individuelle : « elles ont engagé et imposé un processus de déprivatisation qui se fonde sur le droit donné aux religions d’exercer un jugement religieusement fondé et argumenté sur les grands problèmes de société comme la coexistence des cultures et la gouvernance bioéthique de l’existence » (ibid). Les religions appartiennent à « la sphère des médiations du public et du privé », donc à cet espace social où les individus se font eux-mêmes à travers leurs croyances leur inscription dans des associations, des partis, des confessions.

Nous savons bien que les individus ne se déterminent pas dans le vide, qu’ils se débattent dans des conditions sociales déterminées. Mais la laïcité , c’est le fait qu’initialement, les hommes ne sont pas déterminées à être ceci ou cela : « nul ne naît en tant qu’homme comme voué à être à vie chrétien, juif, musulman athée. Chaque communauté dans laquelle chacun se trouve inscrit ne peut pas être une prison à vie » (p.252). Ma vie n’appartient pas à quiconque, religieux, médecin, pouvoir politique, pas plus que je n’appartiens à la vie, c’est-à-dire à une définition toute faite de la vie : « chacun doit pouvoir définir ce qu’est la dignité de la vie pour soi, sans être soumis à de prétendues morales d’allégeance fondées sur une prétendue loi naturelle, elle-même censée fonder les formes de vie sociale en oubliant qu’elles sont produites » (p.253). Les signes religieux sont ambigus, nous le savons tous. Ils peuvent à la fois des déclarations de convictions, donc des revendications d’une liberté de croire, des formes d’asservissement, ou d’allégeance communautaristes. La laïcité se doit de défendre la liberté de croire, en forgeant les conditions pour qu’elle soit l’expression de la liberté des individus, non la subordination à la pression d’un milieu social. Le reste relève de la discussion, des différends sur l’interprétation de la vie, que la laïcité ne saurait réduire. Sa fonction consiste à les placer dans un espace social de coexistence.
Ce n’est pas une tâche facile : la laïcité est traversée de deux tendances opposées : « d’une part donc admission du différend, des langages sociaux hétérogènes, et de l’autre en même temps, horizon d’un espace de coopération »
(253), ce qu’elle ne peut concilier qu’en maintenant l’ouverture des diverses communautés et confessions contre le repli identitaire. A ce titre, nous pourrons comme le dit le livre d’André d’où j’ai tiré mes citations Kimé 2015, p. 252, nous pourrons être des »citoyens laïcs et fraternels ».

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